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DP3 : comment approcher le monde professionnel avec des élèves de 3e ?

Ccile Massart
Cécile Massart est professeur d'histoire-géographie au collège Rouges-barres de Marcq en Baroeul (Nord ) et encadre l'option  DP 3 depuis deux ans en binôme avec un collègue de sciences physiques.  Son objectif :  Bousculer les idées reçues sur un univers que les élèves pensent connaître au travers des témoignages de leurs proches, des médias... Confronter leurs représentations à la réalité qu'ils découvrent  grâce à l'interventions de professionnels, de rencontres sur le terrain et de stages.

Le mercredi 26 septembre à 15h, Cécile Massart a répondu à vos questions concernant la construction d'une progression pédagogique dans le cadre de la DP3.

" Des exemples de progression pégagogique" avec Cécile Massart.




La retranscription intgrale du Chat avec Cécile Massart

Retrouvez ci-dessous l'intégralité des échanges qui se sont déroulés avec Cécile Massart mercredi 26 septembre 2007, de 15 h à 16 h.


Cécile Massart:  Bonjour et bienvenue, 


jm:  Lors de la présentation de l’option aux élèves de 4e, deux filles m’ont dit qu’elles ne se sentaient pas concernées par cette option parce que « c’est une option pour les garçons ». Avez-vous rencontré souvent cet a priori sur l’option ? 
Cécile Massart:  L'expérience est menée depuis 3 ans et jusqu'à ce jour, on a rempli l'effectif classe avec 1/3 de filles et 2/3 de garçons. Il n'y a pas vraiment d'a priori sur l'option. En tout cas, cela ne s'est pas posé en tant que difficulté. 


Ccile MassartJulien:  Comment motiver des élèves à choisir la DP3: je n'ai que 7 élèves sur 150 3e ?! 
Cécile Massart:  1/3 de nos élèves de 3e sont intéressés par l'option. L'année 2006-2007, les élèves volontaires de l'option sont venus présenter la DP3 à leurs camarades de 4e. Ils ont fait valoir plusieurs aspects qui les avaient motivés : la possibilité de faire un stage en entreprise et d'être encadrés du début à la fin, l'utilisation de la salle pupitre* et la présence de deux professeurs qui rend l'approche plus personnalisée et un peu moins « scolaire ».
Il y a une dynamique autour de l'option qui a été impulsée par le chef d'établissement, qui a informé les parents d'élèves par une lettre individuelle. Par ailleurs un comité de suivi composé de l'équipe de direction, de parents d'élèves volontaires, participe aussi à la publicité de cette option au sein de l'établissement.

 

 

*salle informatique équipée en réseau qui permet de contrôler, depuis le poste du professeur, les postes des élèves.

 

 

 


melanie:  Bonjour, intégrez-vous l'histoire-géo (et pour pour votre collègue, les sciences physiques) dans l'option DP3 ou faites-vous l'inverse ou cela vous semble-t-il difficile dans le programme que vous vous êtes fixés ? 
Cécile Massart:  En éducation civique, niveau 3e, la place de la femme dans la société est inscrite au programme. La passerelle est évidente avec la progression DP3.
On a donc organisé une séquence sur les femmes et le monde professionnel, en partant des représentations (au travers des médias, de l'école, de la société...), en organisant une rencontre avec des femmes ayant un poste à très haute responsabilité ou des hommes exerçant une profession dite féminine.
Par rapport à la géographie, les notions de secteur d'activité, de type d'entreprises sont réabordées, ainsi que la notion de mobilité du travail.

 
Bruno:  Faut-il réellement séparer le projet d’orientation de l’élève et l’option DP3 ou comment donner envie à un élève de suivre l’option en lui disant « on n’est pas là pour savoir ce que tu va faire plus tard » ? 
Florence, COP:  Comment envisagez-vous l'articulation des actions d'éducation à l'orientation avec l'option DP3 pour les élèves suivant cet enseignement ? 
Cécile Massart:  L'objectif de la DP3 n'est pas d'orienter ; par conséquent, nous ne cherchons pas à faire le même travail que la COP (Conseiller d'orientation psychologue). Nous prenons en considération malgré tout les questionnaires d'intérêt qui permettent de mieux cibler les secteurs d'activité dans lesquels les élèves voudraient effectuer un stage. L'objectif de l'option est d'ouvrir des « fenêtres » sur le monde professionnel, d'éveiller la curiosité. 


Ccile Massart
Jean
:  Pourquoi ne pas réserver cette option aux élèves scolairement fragiles ? Ce serait pour eux l'occasion de préparer sérieusement un projet professionnel et de pouvoir choisir un BEP ou un CAP en connaissance de cause. 
Cécile Massart:  Le fait de rassembler des élèves destinés à une seconde GT et des élèves susceptibles d'aller en seconde pro permet de dynamiser l'option et de ne pas se cristalliser autour d'un projet individuel.
Toutefois, lors de la recherche de stages, nous portons une attention particulière aux élèves qui souhaitent partir en professionnel afin de confirmer ou d'infirmer leurs choix.
Par exemple, un élève disait vouloir intégrer une seconde pro « mécanique auto » et au regard de son questionnaire d'intérêt, de sa personnalité, et de nos échanges, nous lui avons proposé de chercher un stage chez un paysagiste. A l'issue de ce stage, cet élève a décidé de partir en seconde pro dans un lycée horticole. 

 

 

 

 

Max:  Bonjour, pourquoi est-ce une option ? 
Cécile Massart:  Je n'en sais rien. Cela relève du Ministère.

Marie_1:  Moi j'apprécie que ce soit une option car les élèves inscrits l'ont choisi. 


Jean:  Avez vous déjà pensé à faire intervenir des élèves qui ont suivi l'option l'année d'avant pour qu'ils puissent par exemple, parler des formations du lycée ? 
Cécile Massart:  On compte le faire cette année. Les élèves ont intégré des options assez différentes les unes des autres et à l'issue du premier trimestre, nous envisageons une rencontre. 

 


Ccile Massart
julien
:  Bonjour, quelle est votre organisation pédagogique avec vos élèves ? Combien d'élèves par prof ? 
Cécile Massart:  3 heures hebdomadaires ont été programmées. La séance de 2 heures est permanente. Celle d'une heure est annualisée car il y a des sorties prévues sur des plages horaires assez longues, ainsi que le stage. Nous intervenons à deux : mon collègue de sciences physiques et moi.
Cela constitue un volume horaire important que certains chefs d'établissement peuvent refuser. Mais nous constatons que les élèves apprécient beaucoup ce binôme car ils ont le sentiment d'être plus écoutés individuellement.
Par ailleurs, pour l'élaboration de la progression, ce travail collectif est riche, nos deux approches scientifique et sciences humaines se complètent.

 

 

 

 

 

 


Max:  Comment simplifier les explications sur l'entreprise sans être caricatural ? 
Cécile Massart:  On fait intervenir des professionnels qui, au travers des questions-réponses démontent un peu l'image caricaturale (ex. : patron les pieds sur le bureau avec un cigare). Par ailleurs, une association de création d'entreprise est intervenue pour indiquer quelle démarche adopter pour créer une entreprise. Là aussi les idées reçues sont un peu bousculées : les élèves ont compris qu'une entreprise, cela commençait avec une personne. 


Max:  Je précise ma question : qu'aborder avec les élèves ? Comment simplifier les explications compte tenu du peu de temps disponible ? Et sans céder à la « propagande » patronale... 
Cécile Massart:  Quand nous abordons le volet « entreprise », nous commençons par la création, les différents types d'entreprises, puis le personnel, ce qui nous amène à étudier les différents types de contrats (CDD, CDI, CNE !), les syndicats et le conseil des prud'hommes (nous assistons à une audience). Je pense qu'on ne cède pas à la propagande patronale. 


Ccile MassartDany:  Avez-vous des heures de concertation dégagées dans votre emploi du temps? 
Cécile Massart:  Dans la mesure où nous ne sommes pas face aux élèves 3 heures par semaine mais plus souvent 2, on peut considérer que nous avons un temps de concertation. Mais pour tout dire, nous avons passé de nombreux mercredis ensemble à contacter les entreprises, chercher les documents, etc. ! 
Dany:  N'est ce pas plus pratique, d'un point de vue matériel, de constituer une classe entière avec des élèves qui ont choisi la DP3 ? 
Cécile Massart:  Non. Le principe de l'hétérogénéité doit être respecté : les latinistes, les anglais-européens et les DP3 sont chez nous répartis sur les 3 classes (il est vrai que c'est un petit établissement). C'est important de ne pas coller des étiquettes sur les classes. 


Max:  Combien d'élèves par groupe en moyenne? 
Cécile Massart:  Nous avons cette année un groupe de 21 élèves (27 en 2006-2007), ce qui représente, comme l'année précédente, 1/3 des effectifs. Cela constitue un groupe assez conséquent et la présence de deux enseignants n'est pas superflue. 

 


Yohan:  Comment avez-vous trouvé les professionnels qui interviennent en classe devant les élèves ou qui accueillent la classe dans leur entreprise ? 
Cécile Massart:  C'est une des difficultés majeures de l'option. Nous avons la chance d'avoir un réseau de parents assez vaste, ainsi qu'un réseau personnel diversifié. En revanche, les entreprises sollicitées de manière spontanée sont souvent moins fiables. 


Dany:  Qu'est-ce qui est le plus important dans cette option : les informations recueillies ou la méthodologie mise en oeuvre par les élèves ? 
Cécile Massart:  Je dirai que c'est plutôt la méthodologie et aussi l'autonomisation des élèves qui sont amenés à rédiger une lettre de motivation, à rencontrer des professionnels, les interroger, observer des salariés en situation... 


chamon33:  Où peut on trouver la fiche « lettre de motivation » à laquelle fait référence ton collègue de physique ? merci. 
Cécile Massart:  Vous faites référence à ce que nous avons présenté dans la vidéo. Nous avons conçu cette lettre en décidant de mélanger volontairement les différentes parties. L'objectif était que les élèves reconstituent la lettre et découvrent les différentes rubriques (présentation, intérêt motivé pour le stage) pour ensuite construire leur propre lettre.
Je la déposerai dans le Forum « découverte professionnelle ». Sinon, d'autres propositions se trouvent dans le Recueil de séquences pédagogiques de l'Onisep téléchargeable sur le site (voir la fiche intitulée "les enjeux du recrutement"). 


Ccile MassartMax:  2 enseignants pour 21 élèves. Où trouvez-vous les heures ? 
Cécile Massart:  Tout projet a besoin du soutien de sa direction. Nous n'aurions pu obtenir ce dispositif sans notre principal pour qui la DP3 est une option fondamentale. 


Christine:  Dans mon établissement, tous les élèves de 3e font un stage en milieu professionnel. Ce stage garde-t-il un intérêt pour les élèves qui suivent l’ODP ? 
Cécile Massart:  Cette année, il a été décidé dans notre établissement de banaliser une semaine pour les stages 3e. Les DP3 effectueront le leur en même temps. Ce stage est différent dans la mesure où l'accompagnement en amont et en aval est aussi important que le stage en lui même. 


mandron:  Quel type d'exploitation faites-vous des stages avec les jeunes ? Expo photos, rapport etc... 
Cécile Massart:  Les élèves doivent rédiger un dossier. Au préalable, on a élaboré une grille de rubriques. Les élèves doivent illlustrer leur dossier par des photos, décrire l'organisation horaire de leur stage, les activités observées, les difficultés rencontrées, etc. Donc, l'exploitation de ce stage va bien au-delà des 5 jours prévus. 


Jérôme:  Quelles modalités d’évaluation avez-vous choisi : évaluation des travaux de synthèse, note de participation (si oui comment est-elle construite ?) ? 
Emilie:  Comment faire l'évaluation de cette option ? 
Cécile Massart:  Afin de ne pas pénaliser les élèves en difficulté, nous ne sanctionnons jamais l'orthographe par exemple. En revanche, nous valorisons les interventions orales, la curiosité. Nous interrogeons tout de même sur des aspects cognitifs (exemples : sur les contrats de travail) pour éviter l'aspect récréatif de l'option.


En conclusion, je dirais que comme tous les enseignants qui interviennent en DP3, je ressens parfois le vertige... Confronter les différentes expériences nous aidera à avancer. 


Emilie:  chat très intéressant, merci Cécile ! 
Dany:  merci





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